L’enfant du pays est connu comme « l’homme à lunettes », celui qui habille les visages et qui a su bâtir à Sainte-Marie un complexe multidisciplinaire de soins de santé. Opticien certes, Mario Lefebvre représente bien plus qu’un professionnel de la vue : il est aussi un entrepreneur avisé qui peut afficher, non sans fierté, les fruits de sa réussite.
Mario Lefebvre est natif de la Nouvelle-Beauce, une magnifique région traversée par la rivière Chaudière. Il a grandi sur la ferme de son père, lequel, outre les activités reliées à la terre, travaille également en tant qu’entrepreneur en construction. L’esprit d’entreprise était donc déjà génétiquement bien présent. Il ne fallait qu’attendre que les occasions de le développer se présentent.
Brillant écolier, son père l’envoie suivre le « cours classique », aujourd’hui disparu, au Petit Séminaire de Québec : « J’ai passé sept années dans le pensionnat et ce sont les prêtres qui m’ont formé. » À l’issue de ce cours, Mario Lefebvre s’inscrit à deux facultés : pharmacie et génie civil. Finalement, il n’embrassera aucune de ces deux carrières pour le moins antinomiques. De fait, il opte pour le monde de l’optique et obtient son diplôme d’opticien en 1974 : « Cette profession m’ouvrant aux trois perspectives qui m’intéressaient vraiment : le contact avec les gens, les habiletés manuelles et le monde de l’entrepreneurship. »
Mario Lefebvre commence sa pratique dès 1974. Jeune opticien, innovateur et ambitieux, il contribue pour ces employeurs de l’époque à l’ouverture de plus de 24 bureaux d’optique au Québec. Ces expériences confirment le goût et la capacité qu’il possède pour devenir opticien propriétaire.
En 1981, dans la jeune trentaine, il fait le grand saut et se lance en affaires : « Mon épouse fut une excellente collaboratrice. Elle connaissait déjà le domaine de l’optique. Nous avons eu deux enfants. Aujourd’hui, l’une est médecin et l’autre est architecte. Je suis très fier de mes filles. Et je suis comblé de n’avoir jamais négligé la famille. » Son premier bureau à Ste-Marie sera situé près de l’église. À cette époque, le docteur Gagné, ophtalmologiste, effectue les examens de la vue, une journée par semaine. «Tout cela a bien changé depuis! », exprime l’opticien.
Mais Mario Lefebvre ne se contente par d’ouvrir un seul bureau. Avec l’ophtalmologiste Fernand Bellemare, il garde pignon sur rue à Québec. Alors que ce dernier déménagera quelque temps plus tard au Jeffrey-Hale, il sera encore l’opticien qui accompagnera l’ophtalmologiste dans sa pratique : « J’ai toujours adoré lancer un bureau, trouver le personnel qualifié et mettre tout cela en marche. Un de mes atouts aura été d’avoir su garder des contacts et d’avoir implanté un réseau de professionnels sur lesquels je savais pouvoir compter. »
Mario Lefebvre ne néglige pourtant pas son bureau de Sainte-Marie parce qu’il entretient secrètement un rêve : « Celui de créer un multicentre de santé en région, dans ma Beauce natale. » Les circonstances indépendantes de sa volonté vont lui en donner l’occasion. En effet, comme dans beaucoup de petites villes que traverse une rivière, la vétusté de certains ponts force les autorités à revoir les infrastructures. À Sainte-Marie, la problématique va entraîner l’expropriation des propriétés sur lesquelles sera construit un nouveau pont. Le bureau de Mario Lefebvre figure dans le lot des expropriations.
L’opticien fait alors construire en 2003 un immeuble sur le boulevard Vachon qui est aujourd’hui l’artère commerçante de la ville : « Mon bureau devait occuper la moitié des 5000 pi2. J’avais dans l’idée de louer l’autre moitié à des professionnels de la santé… mais cela n’a pas été très évident au début. »
De son nouveau bureau, Mario Lefebvre avait une idée très précise : « Je voulais quelque chose de beau, bien sûr, mais aussi de très distinct. » Il fait appel à Karine Audet, designer d’intérieur, qui a su répondre à ses attentes : « Elle a tout de suite compris et a ajouté des détails dans la disposition des lumières et des surfaces vitrées qui apportent quelque chose de vraiment différent. » Le regard d’azur de Mario Lefebvre s’éclaire : « Vous voyez, depuis sept ans, ce bureau n’a pas pris une ride! »
Les valeurs d’un gagnant
Mais l’esthétique de l’environnement de travail ou d’accueil n’est qu’une des exigences de l’opticien beauceron. Martin Breton, un opticien qui travaille avec lui depuis 1997, témoigne du soin que Mario Lefebvre apporte à ses clients : « Évidemment, notre travail demande des connaissances et des habiletés, mais il requiert également des facilités de communication pour conseiller adéquatement le client dans son choix d’orthèses visuelles. »
Mario Lefebvre et son équipe composée de cinq ophtalmologistes, de trois optométristes, de cinq opticiens et de deux secrétaires ont le même objectif : celui de satisfaire dans la mesure du possible les attentes du patient. « Je ne veux pas que les clients partent de chez nous contents, je veux qu’ils soient enchantés », souligne-t-il.
Un des secrets de Mario Lefebvre réside dans la qualité de ses professionnels. Ceux-ci doivent se sentir intégrés et appréciés au sein de l’équipe. « N’oublions pas que dans la réussite d’une entreprise, c’est le personnel qui fait la différence », rappelle-t-il.
À 60 ans, Mario Lefebvre est en train de préparer une retraite progressive. Depuis un an, il a conclu une association avec l’optométriste Fanny Jolin et l’opticien Martin Breton qui va lui permettre de léguer ses acquis à la relève : « Je ne veux pas cesser subitement mes activités. Je veux continuer à voir grandir l’entreprise et, grâce à mes deux associés, je m’assure de sa pérennité. »
L’opticien Martin Breton est particulièrement enthousiaste et s’est déjà mis à la tâche entrepreneuriale en créant des événements autour de sa pratique. D’abord, il effectue des conférences dans les résidences de personnes âgées afin de leur expliquer les différentes maladies oculaires. Il a aussi sur sa table à dessin le projet de bâtir des capsules d’information qui seront diffusées à la radio.
Comme l’explique Mario Lefebvre, « les affaires sont une question de flair et de timing ». Il ne s’inquiète d’ailleurs pas de l’avenir pour les opticiens indépendants : « Grâce à la centrale d’achats Regard-Action, nous pouvons rivaliser avec les chaînes et nous avons aussi d’autres atouts dans nos manches dont l’extraordinaire qualité de nos services. »
À Sainte-Marie, le futur aura toujours son
« homme à lunettes » !