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Novembre • Décembre
2009



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QUAND LE CINÉMA INSPIRE LA MODE
Par Marie-Sophie Dion, O.O.D.


Chaque année, avant le Silmo, Paris reçoit un nombre grandissant d’opticiens étrangers qui se ruent impatiemment dans ses rues étroites et ses boutiques de mode. Cette année, nous étions 32 000 visiteurs à vouloir lécher le plus grand nombre de vitrines en une seule journée à la veille du Silmo, qui se déroulait du jeudi 17 au dimanche 20 septembre 2009.

Cette soif de découvrir les nouvelles tendances nous amène automatiquement à la boutique Colette, rue du Faubourg Saint-Honoré, haut lieu de ressourcement des designers et des fashionistas de toutes nationalités confondues. Grosso modo, les vêtements sont noirs, noirs et... noirs. Alerte! Est-ce que la récession mine la créativité des designers à ce point? Heureusement que les accessoires, eux, explosent de couleurs vives.

La tendance est d’ailleurs aux couleurs primaires, rappelant le mouvement Pop Art axé sur le rouge, le jaune, le bleu et le blanc comme les fameux blocs LEGO des années 1960. D’ailleurs, plusieurs vitrines de magasins arboraient de complexes structures de blocs LEGO, pour accrocher l’oeil. Et j’étais curieuse de savoir si les collections présentées au Silmo allaient être aussi festives, ludiques et exubérantes de couleurs... La réponse est non.

Sérieuse. Oui, la mode est très sérieuse chez les fabricants de lunettes en 2009. Le style du moment est prononcé, c’est-à-dire accentué par des cercles aux contours en acétate épais, mais dans des formes rétro et des couleurs sombres. De par l’engouement pour cette mode vintage qui persiste et relève presque de l’épidémie, j’ai questionné certains designers pour savoir où ils puisent actuellement leur inspiration. La réponse : les vedettes de cinéma.

Cinématique

Zack Tipton de Tipton Eyeworks est un de ces rares artisans qui conçoit les branches de ses montures en insérant des pellicules de film 35 mm en guise d’ornementation. Sa collection s’intitule d’ailleurs Cinématique. Il y a huit ans, cet opticien de 29 ans a commencé à fabriquer des montures en testant toutes sortes de matières plastiques… jusqu’à ce qu’il tombe sur la collection de disques microsillons de son père. À partir de ce moment-là, et sans la permission paternelle, il a commencé à laminer les précieux vinyles sur des faces de lunettes!

Il travaille à Budapest, en Hongrie. Grâce à la collaboration de son frère, son entreprise connaît un franc succès auprès des opticiens internationaux qui recherchent des montures au cachet inusité. Les montures de la collection Cinématique sont dessinées par Zack sur son ordinateur. Les faces sont ensuite produites en Slovaquie et les branches en Italie, pour ensuite être assemblées en Hongrie dans l’atelier des frères Tipton : « Les clients nous indiquent leur film préféré, comme Mission Impossible 3 ou un classique de Woody Allen ; nous choisissons ensemble une scène. Notre cinémathèque se compose d’environ 300 films, dénichés dans les salles de cinéma. » Cependant, seules certaines scènes peuvent produire assez de couleurs vives et de contrastes pour créer des branches intéressantes. « Les explosions sont particulièrement appréciées des opticiens », souligne Zack Tipton, un sourire complice aux lèvres. Quand on demande à ce passionné du cinéma quel acteur dans toute l’histoire du cinéma l’a marqué le plus, il répond sans hésitation: «Marcello Mastroianni !»

Acteur italien par excellence et assurément l’un des plus célèbres dans le monde du cinéma international au cours des trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, Mastroianni a conquis sa notoriété sans faire de vagues, allant de rôles mineurs en rôles secondaires de 1938 à 1955. En 1960, Federico Fellini lui propose le rôle de Marcello Rubini dans La Dolce Vita. Ce film va rapidement devenir un film culte et remporter de nombreux prix dont la Palme d'or au Festival de Cannes la même année. C'est ainsi que naît sa réputation de « latin lover », ce dont il s’est défendu toute sa vie.

Le film Huit et demi, tourné en 1963 et réalisé par le même Fellini, le met à nouveau en vedette. Tout au long du film on voit l’acteur porter différents modèles de lunettes, modèles qui même après 45 ans sont encore très populaires! Son aisance à les porter, transformant cet objet habituellement mal-aimé en accessoire de style, est en soi une véritable leçon 101.

Michael Caine

Serge Bracké, jeune designer récemment engagé chez Théo, avoue que c’est Michael Caine qui l’a le plus marqué, entre autres dans Hannah et ses sœurs et  dans Retraite mortelle. Même chose pour Jason Kirk, designer de la maison anglaise Kirk Originals : « Personnellement, l’attitude désinvolte et nonchalante de Michael Caine en fait mon préféré en termes de personnalité à lunettes. Il a toujours eu beaucoup de cran et j’adore ce style très londonien. »

David Rose, designer de Salt Optics, voit également Michael Caine comme un acteur majeur ayant fortement joué en faveur du port de lunettes. « Les montures à contours épais qu’il portait étaient spectaculaires. Elles apportaient classe et grand style, tout comme le caractère des personnages que Caine avait l’habitude d’incarner », mentionne David.

Selon Richard Mewha, designer de Bevel : « Michael Cain fut aussi celui qui m’a le plus influencé. Ses premiers films comme Alfie et L’or se barre sont de bons exemples. Il a changé la perception que nous avions des lunettes pour ma génération en Angleterre, rendant la chose très hip. C’était notre Steve McQueen à nous en termes de style vestimentaire et de bon goût. »

Steve McQueen

Steve McQueen a fait ses débuts à Broadway en 1955, dans la pièce A Hatful of Rain. En 1956, il tourne dans son premier film, Marqué par la haine, débutant une  carrière cinématographique qui fera de lui l'un des plus grands acteurs de sa génération. Ses films les plus célèbres sont notamment Les Sept Mercenaires, La Grande Évasion, Bullitt et Papillon. Grand amateur de course automobile, il réalisa lui même plusieurs cascades, dont celles du film Le Mans.

Les lunettes de soleil de la marque Persol ont souvent fait partie des accessoires caractérisant les rôles de Steve McQueen. Dans L’affaire Thomas Crown entre autres, il arbore le modèle 714 de Persol, monture qui se replie en quatre au pont et aux branches. Les formes de verres de style « pilote » convenaient parfaitement à son style chic-sportif et lui valurent le pseudonyme de Mr Cool.

Audrey Hepburn

En raison de son très petit visage, Audrey Hepburn a porté des lunettes de soleil surdimensionnées qui ont été remarquées dans plusieurs de ses films. Elle se destinait initialement à la danse avant de rejoindre la scène de théâtre à la fin des années 1940. Le succès de la pièce Gigi, présentée sur Broadway en 1951, lui ouvre les portes du cinéma. Ses grands succès au cinéma incluent Vacances romaines, Sabrina, My Fair Lady ainsi que le film culte Guerre et Paix, tiré de la saga de Léon Tolstoï.

Chignon, collier de perles, porte-cigarettes et... des grandes lunettes Wayfarer de Ray-Ban, cette image du film Breakfast at Tiffany’s est une des plus célèbres d’Audrey Hepburn. Parions que les millions d’adolescentes qui portent la populaire Wayfarer aujourd’hui ne savent rien de ce film de 1961! Dans le film Two for the road, son personnage porte également de gigantesques lunettes de soleil blanches ovaloïdes. Un style chic et ultra-moderne qui fera d’elle une icône encore très actuelle dans le monde de la mode.

Peter Fonda

Lorsque je demande à Shane Baum, designer entre autres de Paul Frank Optometrics en Californie, de nommer l’acteur qui l’a le plus inspiré dans la création des modèles de sa collection, il répond : « Peter Fonda ».

En 1966, Peter Fonda partage l'affiche des Anges sauvages avec Nancy Sinatra. Les années 1960 illustrent le règne des paradis artificiels, du non conformisme et des contestations. En 1969, pour le mythique Easy Rider, il produit, coscénarise et joue sous la direction de son ami Dennis Hopper. On le verra fumer – pour de vrai – de la marijuana. Road movie emblématique de la génération hippie, le film vaudra à Peter Fonda une nomination à l'Oscar dans la catégorie du meilleur scénario original.

Le style de Peter Fonda se résume à celui d’un grand voyageur, frondeur et sans scrupule. Ses lunettes très galbées et sportives font penser à celles qu’ont toujours affectionnées les motocyclistes, ces rebelles en quête de sensations fortes. C’est grâce à lui que plusieurs hommes s’entichent encore de lunettes de type aviateur en métal fin.

Marylin Monroe

Impossible de ne pas citer Marylin Monroe, cette grande ambassadrice des lunettes œil-de-chat, autant en version optique qu’en lunettes de soleil.

Cette actrice se destinait initialement à la chanson et au mannequinat avant d'être repérée par Howard Hughes et de signer, en 1946, son premier contrat avec la 20th Century Fox. Ses grands succès comprennent Les hommes préfèrent les blondes, Sept ans de réflexion ou encore Certains l'aiment chaud qui lui vaut, en 1960, le Golden Globe de la meilleure actrice dans la catégorie comédie.

Encore aujourd’hui, la personnalité exubérante de Marylin est synonyme de charme féminin poussé à l’extrême. Si les lunettes de œil-de-chat reviennent en force, c’est pour ces femmes qui en ont assez de porter des lunettes rectangulaires unisexes.

Personnellement, je voudrais remercier chaleureusement Johnny Depp, Josh Harnett, Tina Fey, Diane Keaton, Samuel L. Jackson, pour leur contribution à l’essor de la monture de lunettes ophtalmiques en tant qu’accessoire essentiel qui donne du style. Mais en fait, je ne sais pas d’où vient vraiment le style cool de ces acteurs. Est-ce que l’acteur cool décide de porter des lunettes, ou bien l’acteur devient-il cool parce qu’il porte des lunettes?

En guise de conclusion, l’annonce d’un nouvel emplacement hors Paris pour le Silmo 2010 a fait jaillir bien des discussions. Mais le président du Silmo, Guy Charlot, semble fier de cet audacieux changement : « De par notre décision de nous installer dans le cadre du parc d’expositions international Paris-Nord Villepinte, à proximité de l’aéroport Charles de Gaule, de la gare TGV et au croisement des grands axes routiers, notre souhait a été d’améliorer le confort des visiteurs et des exposants : nous aurons la chance de bénéficier de vastes halls contemporains qui vont permettre à chacun de travailler dans un cadre plus fonctionnel et de haute qualité. »

Le SILMO 2010 est déjà annoncé (du 23 au 26 septembre) et promet une édition stimulante amorcée par le changement d’image et une signature explicite : « Nouvelles ambitions, nouvelles rencontres, nouveaux territoires. »