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Une passion inébranlable

Par Isabelle Boin-Serveau

Sherbrookoise dans l’âme, Esther Béland a tracé sa trajectoire professionnelle sur les voies de la détermination, de la persévérance et du courage. Dans son bureau de  la rue King Ouest au centre-ville de Sherbrooke, les miroirs renvoient l’image d’une jeune quadragénaire battante et bien dans sa peau. Esther Béland n’a-t-elle pas réalisé son rêve d’ouvrir un bureau d’optique dans la ville qui l’a vue grandir? Un rêve qui s’élargit encore lorsque l’opticienne envisage l’avenir. Portrait d’une passionnée.

Native de Victoriaville, Esther Béland a quatre ans lorsque sa famille s’établit à Sherbrooke : « J’ai vu la ville se développer et les centres commerciaux se construire! », s’exclame l’aînée d’une famille de quatre enfants qui a été élevée par des parents salariés mais qui a été influencée par des grands-parents entrepreneurs. Une fibre qu’elle exploitera plus tard.

Une profession d’avenir

Pour l’heure, à la fin de son secondaire, la jeune fille assiste à une séance d’orientation et fixe son attention sur la description des tâches afin de choisir sa future profession : « Mon choix s’est porté sur deux fonctions : secrétaire de direction ou opticienne. Je me suis inscrite aux deux programmes, mais en sachant que mon désir était de travailler dans l’optique parce que c’était une façon de peut-être m’établir un jour à mon compte. » Esther Béland l’avoue, dans tous ses jeux d’enfants, c’était elle qui jouait le rôle premier, celui de la maman, de la maîtresse d’école ou de la gérante de magasin… on ne change pas sa nature profonde!

En 1979, Esther Béland commence ses cours d’opticienne au collège Édouard-Montpetit. Elle optera pour une maison de chambres près du collège : « C’est vrai que cela a été difficile de vivre loin de ma famille, même si je revenais toutes les fins de semaine chez moi! » La jeune fille a aussi été confrontée à certaines difficultés académiques : « J’ai obtenu un diplôme en 1983. Cela m’a pris un an de plus à cause d’un cours de physique que j’ai dû recommencer parce qu’il était un préalable pour la session suivante. » Mais Esther Béland ne renonce pas et persévère : « J’ai toujours bûché dur pour obtenir ce que je voulais, sans jamais lâcher prise! »

Elle effectue son stage à Sherbrooke, chez Sirois et Gauthier, à la fin duquel elle n’a pas de perspective d’emploi : « J’étais un peu découragée parce que la plupart des finissants avaient déjà une place assurée dans un bureau. » Le découragement sera de courte durée, car sur la rue King Ouest, dans la même bâtisse qui abrite actuellement son bureau, une équipe de cinq ophtalmologistes a besoin d’une opticienne : « Je suis restée avec eux durant neuf ans et j’y étais très heureuse parce que je pouvais me consacrer exclusivement à ce qui me passionne le plus : les verres de contact. » Une expérience très enrichissante pour la jeune opticienne qui avait l’entière responsabilité de ce département. Pourtant, une compression de personnel mettra fin à ce premier emploi.

Esther Béland ne baisse toujours pas les bras. De fait, elle trouve très rapidement une place dans un bureau Farhat qui vient d’ouvrir. Elle y fera un autre passage de neuf années : « Ça été très différent comme expérience professionnelle, mais je pensais déjà à m’installer à mon compte… » Depuis plusieurs mois, le bureau de M. Boucher était à vendre et la jeune opticienne nourrissait secrètement l’espoir de l’acquérir.

Par-delà les obstacles

« Personne n’a jamais su que pendant près de deux ans, j’entreprenais des démarches pour réaliser mon plus grand rêve… même les gens proches de moi n’étaient pas au courant! », ajoute non sans fierté Esther Béland. Les négociations d’achat avec M. Boucher ont duré longtemps avant d’aboutir: « J’ai fait une promesse d’achat à l’automne 2000 et en janvier 2001, j’ai travaillé avec M. Boucher pendant un an, pour faciliter la transition de la clientèle. » L’opticienne ne regrette rien aujourd’hui même si « le manque d’optométristes réduit le nombre de mes clients à qui je veux donner les meilleurs services en optique possible... Mais je demeure optimiste! Et je multiplie les démarches pour inciter un ou une optométriste à joindre mon bureau. »

« Il y a toujours quelqu’un qui aide quelqu’un en affaires », croit-elle en indiquant qu’elle a pu bénéficier des conseils et de bonnes personnes qui l’entourent et qui l’encouragent à rester en affaires. Même ses clients fidèles font preuve d’une reconnaissance extrême vis-à-vis de son professionnalisme et de son humanité en venant la voir avec leur prescription. Malgré les difficultés, Esther Béland garde espoir. Espoir qu’un jour son bureau se développe et s’agrandisse autour d’une association avec d’autres professionnels qui partagent sa philosophie. En attendant, elle recharge ses batteries en s’adonnant à la marche, à la lecture et à toutes sortes d’activités régénératrices… parce que réaliser un autre rêve, plus grand encore, exige toujours de l’énergie et de la passion.